FRANCE ECOLOGIE

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EDITO

Isabelle JACONO
Présidente de France Ecologie

Depuis plus de 25 ans, les relations entre les écologistes et le monde économique ont évolué de la méfiance (voire hostilité des débuts) à une phase de débat ouvert dans un contexte qui a  vu aussi le développement de filières économiques performantes liées à l’écologie.

 Pourtant, persistent encore des préjugés à l’ encontre de l’écologie, toujours vue par certains comme une menace pour le développement économique.

 Il faut reconnaître que les deux grands ennemis de l'écologie  ont été trop souvent le déni ou le   catastrophisme .

Aujourd'hui, la crise aura au moins eu la vertu de  relancer le débat sur la définition même du développement et du progrès en matière économique, et ainsi  de pointer les effets pervers de bon nombre de mécanismes économiques actuels, ou montrer toute la diversité des initiatives et filières de « l’économie verte » .

France Ecologie n'a jamais été convaincue que le libre-marché pouvait  accoucher naturellement et sans régulation externe, d’une société solidaire, respectueuse de l’environnement et génératrice de nouveaux emplois de qualité.

Les constats que l’on peut actuellement tirer de l’observation de ces dernières crises engendrées par une économie mondiale globalisée et libéralisée, dont l’objectif principal consiste à maximiser le taux de profit, nous confortent dans cette analyse.

Jamais, les impasses du système actuel n’ont en effet été aussi criantes : fracture sociale dans les nations riches et dénuement total dans les pays les moins favorisés, tensions internationales, crises financières à répétition et d’ampleur toujours plus grande, dérèglements climatiques, pollutions en tous genres, épuisement des ressources......

C'est pourquoi il devient urgent de passer d’une économie de marché à une économie de projets , des projets qui placeront la France sur la voie d’un développement durable. Notre volonté est ainsi de construire une alternative pragmatique et crédible au mode de croissance actuel. Dans cette optique, nous affirmons que l’écologie est une nécessité pour l’économie .

Le développement durable n’est pas une contrainte nouvelle pour les entreprises, mais une opportunité pour l’activité et pour l’emploi, et un impératif pour éviter demain, des coûts bien plus élevés.

Le développement durable n’est pas non plus une contrainte pour les consommateurs mais une source d’économies et une source de bien-être améliorant  l’état de notre environnement et donc de notre santé.

La crise économique globale démontre aujourd’hui , que l’Etat - dont le rôle a été réduit depuis plusieurs années - a une responsabilité essentielle à exercer comme acteur de marché, stimulateur et régulateur. Il s’agit donc pour nous, d’orienter le marché et si nécessaire  de l ’encadrer plutôt que de subir ses diktats. Nous refusons donc que l’économique s’installe au-dessus ou à la place du politique.

Le développement économique, même dans une économie globalisée, doit se retrouver dans le champ du débat politique car, c’est à la société tout entière de forger un destin valable pour tous et d’être au service du développement durable et du bien être de la société.

 

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Laurianne d'Este
Vice -présidente de France Ecologie
 

La fin annoncée d'Home sapiens sapiens
Ed Ellebore-Sang de la Terre
Coll. La pensée Ecologique
 
     
 C’est un véritable cri d’alarme que nous lance Lauriane d’Este en établissant un état des lieux des désastres écologiques occasionnés par notre civilisation.
Le constat est sévère et il demande des solutions radicales : il s’agit d’un nécessaire et indispensable changement de société. C’est une vraie révolution de nos moeurs, de nos idées, de nos pensées, de nos attitudes qui nous est proposée et c’est seulement à ce prix que nous réussirons à nous sauver.
À une époque où les thèmes écologiques sont mis en avant, cette prise de conscience salutaire nous permet d’avoir une vision claire de notre avenir. Loin d’être pessimiste, cet ouvrage est avant tout lucide et ne peut que nous inciter à réagir et à devenir acteur de notre avenir, c’est en cela qu’il nous paraît encore plus indispensable.


LAURIANE D’ESTE
Professeur des universités, agrégée, docteur ès lettres, habilitée à la direction de la recherche, elle a enseigné en France et aux États-Unis. Elle est l’auteur de nombreux articles et ouvrages dans le domaine de l’art et de la philosophie de l’art. Engagée depuis longtemps dans le combat associatif, elle est vice-présidente de FRANCE ECOLOGIE et également administratrice de la Société nationale de protection de la nature (SNPN). Elle a été pendant six ans vice-présidente de la Société protectrice des animaux (SPA),

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Laurianne d'Este
Vice -présidente de France Ecologie
 

Professeur des universités, agrégée, Docteur ès lettres, elle a enseigné en France et aux Etats Unis. Elle est l'auteur de nombreux articles  et ouvrages. Engagée dans le combat associatif, elle est aujourd'hui vice-présidente de FRANCE ECOLOGIE et de la SPA, elle est également administrateur de la SNPN ( Société Nationale de Protection de la Naure). Lauriane d'Este milite pour la défense de la nature et de la biodiversité ainsi que pour la défense des animaux. Elle a publié en 2002 La pPlanète Hypothéquée aux Editions de l'Harmattan.

La Condition Animale
Plaidoyer pour un statut de l'animal
Ed Sang de la Terre
Coll. La pensée Ecologique

juin 2006


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FRANCE ECOLOGIE - PACA
Premier colloque national grand public de santé environnementale liée à la mer
Lauréat
 " coup de coeur " de la Fondation Nicolas Hulot
 

Colloque “mer, environnement et santé” à Cassis  


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Dominique Julien Labruyère
Vice président de France Ecologie

Dominique Julien Labruyere fréquente la haute vallée de Chevreuse depuis sa plus tendre enfance.
Soucieux de la protéger il participe aux premiers combats pour éviter qu'elle ne se transforme en une banlieue urbaine. Il est l'un des principaux artisaans de la création du Parc Naturel Régional de la Haute Vallée de Chevreuse.
Conseiller régional écologiste en 1992, il aida à la création de deux autres Parcs naturels régionaux en  Ile de France, le Vexin et le Gâtinais
Il nous livre sa vision, sous forme romancée, de l'histoire de la protection de la Haute Vallée de Chevreuse  Au delà de l'histoire  proprement dite, il nous entraine dans une réflexion plus large sur la protection des espaces naturels aux portes de la capitale.
Actuellement, il poursuit son action pour une meilleure prise en compte de l'écologie  au sein du mon de politique comme Président délégué de France Ecologie.

Vertcoeur
Ed Chemin de Trave


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FRANCE ECOLOGIE - Pays de Loire
le 6 mai 2006: colloque "emploi - environnement

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FRANCE ECOLOGIE - Poitou Charente
Le 11 mars 2006  - Colloque Energies renouvelable

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12 mars 2006 7 12 /03 /mars /2006 12:59

De la grippe espagnole à la grippe aviaire

La grippe est une maladie infectieuse, l’une des plus redoutées en ce début de millénaire avec le SIDA. Elle est causée par un virus qui se transmet par voie respiratoire. Les nombreuses modifications de son génome1, qui lui permettent d’échapper au système immunitaire, s’effectuent de manière imprévisible pouvant aboutir à des formes particulièrement graves et très contagieuses. Elle se manifeste le plus souvent sous forme d’une grippe saisonnière banale mais parfois sous forme de pandémies extrêmement meurtrières. C’est donc un envahisseur redoutable pouvant affecter la totalité de notre planète en quelques semaines et causer des millions de morts.

La plupart des maladies infectieuses qui affectent l’Homme existent depuis des millénaires ; les maladies infectieuses ont d’ailleurs jalonné l’histoire de l’humanité. Une grande partie d’entre elles proviennent d’animaux domestiques ou sauvages, ce qui en fait des pathologies d’origine  environnementale. Certaines sont d’émergence récente (SIDA et SRAS, ...) mais beaucoup apparaissent ou réapparaissent à la suite de bouleversements des écosystèmes (déforestation, élevage et agriculture intensifs, retenues d’eau artificielles, urbanisation, changement climatique) dont l’homme est le principal responsable. Rares aussi sont les agents infectieux (bactéries, virus, parasites) qui ont définitivement disparu de notre environnement. La variole humaine a été éradiquée de la planète, mais des stocks importants de virus existent, pouvant faire craindre un risque terroriste. Même la peste, qui hante encore l’inconscient humain, n’a pas disparu. Elle sévit encore dans certains pays du sud comme l’Inde et des foyers existent, même aux Etats-unis. Les maladies infectieuses sont responsables de 1% des décès dans les pays développés mais de 43% des décès dans les pays émergents selon l’OMS.

L’agent causal de la grippe est un virus à ARN2 qui fait partie de la famille des Orthomyxoviridae3, genre Influenzavirus. Il peut infecter les porcs, les chevaux, les oiseaux aquatiques et de basse-cour, les mammifères marins et l’Homme. La forme humaine typique se caractérise par un début brusque, marqué par une sensation de malaise général, de la fièvre, des maux de tête et des douleurs musculaires. Les complications sont le plus souvent pulmonaires (bronchites, pneumonies) mais peuvent se manifester plus rarement par des encéphalites, méningites, ou myocardites. La grippe saisonnière hivernale provoque en moyenne 3 000 décès chaque année en France. Chaque année, un vaccin est produit pour la combattre, notamment chez les personnes fragiles ou âgées.

Les virus ne sont pas des êtres vivants, ou plutôt sont à la limite du vivant et de l’inerte. Ils sont de très petite taille, souvent inférieure au dixième de micron et seulement visibles au microscope électronique. Ils ne comportent pas de noyau et ne contiennent qu’une seule sorte d’acide nucléique : ADN4 ou ARN, ce qui les différencie des bactéries. Ils n’ont pas de métabolisme propre et doivent utiliser la machinerie cellulaire de leurs hôtes pour se reproduire. Ce sont des parasites absolus dans la mesure où ils sont incapables de survivre longtemps en dehors d’un organisme vivant capable de les héberger : bactéries, plantes, insectes, animaux et Homme. Leur action consiste à envahir les cellules, perturber leur fonctionnement en déréglant leur messagerie génétique à leur profit.

Les virus à ARN (grippe, SIDA, SRAS, fièvre jaune,...) se différencient des virus à ADN (Herpès, variole, hépatite B,...) par le fait qu’ils ne possèdent pas de mécanisme de relecture de leur génome permettant de corriger la plupart des erreurs de codage au cours de leur cycle de multiplication. Cette caractéristique explique en partie les taux très élevés de mutations ponctuelles (glissement antigénique) des virus à ARN. La variabilité génétique de ces derniers ne s’explique pas seulement par leurs potentialités de mutations, mais aussi par des recombinaisons et des réassortiments génétiques (cassure) entre différentes souches. Cette variabilité génétique favorise l’existence des virus, car elle permet de contourner les défenses immunitaires de l’hôte.

Les pandémies de grippe sont des épidémies qui se répandent dans le monde entier en provoquant des maladies graves en raison du fait qu’un virus nouveau, trouve devant lui une population réceptive (absence d’immunité). On estime que durant chaque siècle deux à trois pandémies sévères de grippe peuvent apparaître, chacune se déroulant parfois en deux ou trois vagues. Les trois pandémies grippales du XXème siècle (1918-1919, 1957-1958 et 1968-1969) ont été causées par des virus recombinants d’origine aviaire.

La grippe est due à plusieurs types de virus (A, B et C) et à de nombreux sous-types correspondant aux variations des protéines de surface : les hémagglutinines (H1 à H16)5 et les neuraminidases (N1 à N9)6. Ce sont les virus de type A qui sont responsables des infections les plus sévères. La pandémie de 1918-1919, dite grippe espagnole de sous-type A(H1N1) aurait décimé entre 1 à 2% de la population mondiale (20 à 40 millions de morts suivant les sources mais certains historiens avancent le nombre de 100 millions). Celle de 1968, dite grippe de Hong Kong, de sous-type A(H3N2), qui est survenue alors que l’on pouvait combattre les complications, notamment pulmonaires, grâce à un arsenal d’antibiotiques efficaces, a causé plus de 16 000 décès en France. La grippe espagnole a marqué les esprits par sa soudaineté, la rapidité de diffusion du virus et la crainte d’une nouvelle pandémie virale de même intensité qui pourrait résulter de l’émergence d’un virus nouveau.

Le contexte écologique actuel est très différent de celui de 1918 : démographie mondiale (moins de deux milliards d’êtres humains en 1918 et plus de six actuellement) et forte proportion de personnes vivant en milieu urbain (plus d’un humain sur deux se presse maintenant dans une ville). Les agglomérations de plus d’un million d’habitants étaient peu nombreuses au début du XXème  siècle (16 en 1900 contre 408 en 2003). Les transports aériens n’existaient pratiquement pas à cette époque ; les migrations de populations vers des lieux de pèlerinages, de culture, de vacances ou de loisirs (stations balnéaires, festivals divers où la promiscuité est de règle) étaient alors nettement moins massives que maintenant en raison de l’insuffisance des moyens de transport).

Les virus A et B de la grippe possèdent un génome comportant huit segments d’ARN.  Lorsque deux virus grippaux différents infectent un même hôte susceptible de les héberger (porc, oiseau ou homme), il peut se produire un mélange des différents segments au cours du cycle de réplication de la particule virale (ou virion). La résultante de ce mélange possèdera, elle aussi, un génome segmenté mais avec huit fragments en provenance des deux virus présents chez l’hôte. Par ce mécanisme de co-infection et de réassortiment, un virus totalement nouveau pour le système immunitaire, peut faire son apparition dans l’environnement.

Les véritables réservoirs du virus de la grippe sont les oiseaux aquatiques, notamment le canard sauvage qui peut être porteur sain. Leurs déjections, parfois contaminées, sont consommées par des canards ou autres oiseaux d’élevage dont les fientes infectent les porcs, exceptionnellement les humains. C’est généralement chez le porc, animal réceptif aux virus grippaux à la fois humains et aviaires, que s’opèrent des modifications du génome viral rendant alors la maladie transmissible d’homme à homme. Ce phénomène peut aussi se produire, mais plus difficilement, chez l’homme. L’émergence d’une épidémie de grippe est favorisée lorsqu’il y a, par exemple, promiscuité entre les porcs et les oiseaux d’élevage avec une densité humaine élevée. Cette condition est remplie en Asie où existent des élevages souvent juxtaposés combinant les deux espèces. Les conditions d’élevage en Bretagne et aux Pays-Bas où les productions industrielles de volailles et de porcs sont concentrées sur des territoires restreints pourraient ussi favoriser, certes à un degré bien moindre qu’en Asie, l’apparition  de nouvelles épidémies de grippe.

L’exemple récent du SRAS permet de visualiser la dynamique d’une épidémie. Bien que la contagiosité du SRAS soit plus faible que celle de la grippe ordinaire, environ 8500 cas ont été observés dans 32 pays, causant 916 décès (21% dans le personnel de santé). Une catastrophe sanitaire a été évitée de justesse, grâce à l’efficacité du réseau de surveillance de l’OMS. Contre cette infection pulmonaire, due à un coronavirus7, on ne dispose pas de traitement ni de vaccin. Le réservoir du virus n’est pas parfaitement connu, bien que la civette puis la chauve souris (rhinolophe) aient été citées. Le premier cas de SRAS est apparu en Chine, à proximité de Canton vers la mi-novembre 2002. Quelques mois plus tard, la maladie a  gagné Hong Kong pour se répartir en divers endroits du monde (Hanoi, Toronto, Singapour,....), mettant à profit la rapidité des transports aériens. L’alerte mondiale était déclenchée par l’OMS le 12 mars 2003. Les moyens mis ensuite en oeuvre (mesures d’isolement des malades et restriction des voyages) pour éviter une pandémie de SRAS, qui peut toujours ressurgir, constituent une bonne répétition des mesures à prendre en cas d’émergence d’une pandémie de grippe résultant de l’apparition d’un virus recombinant. Mais dans ce dernier cas, ce pourrait être une toute autre affaire !

Ce que tous les experts redoutent en cette fin de 2005, c’est une pandémie de grippe consécutive à la dispersion planétaire d’un virus nouveau très contagieux pour l’Homme. A l’origine, le virus responsable serait de sous type A(H5N1), celui même qui sévit depuis 1997 dans les élevages avicoles notamment en Extrême-Orient. Actuellement, il se transmet très difficilement des volailles domestiques à l’Homme, mais a cependant causé en Asie le décès de plusieurs dizaines de personnes ayant eu des contacts avec des oiseaux malades ou leurs déjections (134 cas d’infection humaine et 69 décès depuis décembre 2003 selon l’OMS). La transmission d’homme à homme n’a pas encore été observée. L’émergence de la catastrophe sanitaire mondiale résulterait de la recombinaison du virus aviaire avec une souche humaine saisonnière, A(H3N2) par exemple, avec un potentiel élevé de transmission interhumaine ; les caractéristiques du virus A(H5N1) ne permettant pas encore une telle transmission. A l’heure actuelle, il n’existe aucun vaccin humain contre la grippe aviaire A(H5N1).

Depuis le début de l’épizootie (épidémie animale) A(H5N1), en fin de 2003, 15 pays ont été touchés : Cambodge, Chine, Corée du Sud, Croatie, Indonésie, Japon, Kazakhstan, Laos, Malaisie, Mongolie, Roumanie, Russie, Thaïlande, Turquie et Vietnam. Le virus a donc déjà franchi les frontières orientales de l’Europe. Il est strictement interdit d’importer vers la France des volailles en provenance de pays où une contamination a été observée. La consommation d’animaux ou d’oeufs mis à la disposition des consommateurs français ne présente pas de risque sanitaire, d’autant plus que la cuisson détruit le virus grippal. La dinde de Noël ne devrait donc pas déserter nos assiettes en cette fin de 2005.

En théorie, il existe des moyens pour enrayer ou limiter les conséquences d’une pandémie grippale de type A(H5N1) : mesures de protection et d’isolement, antiviraux spécifiques, médication symptomatique et vaccination des personnes lorsque le vaccin sera disponible. La stratégie mise en oeuvre actuellement consiste donc à détruire la totalité des élevages dans lesquels des animaux malades ont été observés. Cette mesure étant associée à une désinfection totale des bâtiments et la mise en place d’une barrière sanitaire. Cette stratégie, lorsqu’elle est mise en oeuvre, se traduit localement par un désastre économique et alimentaire. Pour une population vivant dans des conditions de grande précarité et à la limite de la sous-nutrition, la consommation de protéines de bonne qualité (oeufs et viande de volailles) est essentielle, notamment pour les enfants et adolescents. La tentation est grande de dissimuler une mortalité anormale dans un élevage d’animaux destinés à la vente ou même à la consommation familiale.

La vaccination des volailles est sujette à controverses entre experts en raison des résultats inconstants obtenus dans un passé récent. De plus, elle pourrait n’assurer qu’une protection clinique sans garantie sur l’aspect épidémiologique. Cependant, une conférence internationale, à l’initiative de l’OMS, de l’OIE et de la FAO qui s’est tenue en juillet 2005, avec pour objectif de recommander des mesures à prendre pour prévenir la propagation du virus, a mis l’accent sur la nécessité d’élever séparément les différentes espèces animales (volailles et porcs notamment) et aussi d’entreprendre de vastes campagnes de vaccination des oiseaux d’élevage.

L’éradication de la totalité des élevages contaminés risque de ne pas suffire à éviter à terme l’apparition d’un virus hautement contagieux pour l’Homme. Les mesures prises localement permettront tout au plus de gagner du temps et permettre aux chercheurs de perfectionner les moyens biologiques de lutte contre le virus (antiviraux, vaccins, mesures sanitaires locales). Il faut savoir que pour fabriquer un vaccin, il faut avant tout isoler et identifier le virus contre lequel ce moyen de lutte sera dirigé. Tous les vaccins actuels contre la grippe sont produits par inoculation de virus sur oeufs embryonnés. Pour préparer le vaccin à grande échelle, il faudra adapter la technique permettant la culture sur oeufs, car le virus les détruit. De même, rien ne prouve que le virus tant redouté ne sera pas résistant  aux antiviraux dont on dispose actuellement (zanamivir ou Relenza et oseltamivir ou Tamiflu).

L’émergence à grande échelle du SIDA s’est effectuée à la fin de 1980 et le VIH-1 identifié en 1983. Les premiers cas de SRAS connus remontent à la mi-novembre 2002 et le coronavirus qui en est responsable a été isolé quelques mois plus tard. Dans le cas de la grippe « aviaire », les scientifiques, médecins et experts sont prêts à y faire face alors que le virus humain redouté n’a pas encore montré le bout de son nez. Autrement dit, on redoute une pandémie grippale dont on soupçonne le responsable mais dont le code barre de sa carte d’identité comporte des inconnues. Encore faudrait-il vouloir et pouvoir produire un vaccin efficace pour six milliards d’humains sachant que le virus A(H5N1) détruit les volailles qui produisent les oeufs servant à la préparation du vaccin.
 
Comme il faudra plusieurs mois entre l’éventuelle émergence du virus humain hautement contagieux et l’obtention à grande échelle d’un vaccin efficace, il sera urgent de prendre des mesures de protection des populations. Des mesures draconiennes et impopulaires à n’en pas douter. Mesures qu’il sera difficile mais impératif d’expliquer. Devant le risque de transmission, chacun devra éviter de se rendre dans des lieux rassemblant un nombre élevé de personnes sans porter un masque efficace (FFP2) aussi longtemps que le risque de contagion existera. Les conséquences sociales pourraient être considérables : fermeture des frontières, fermeture des crèches, écoles, universités, lieux de culte, salles de spectacles ; interdiction des rencontres sportives et autres rassemblements de personnes dans des espaces clos. Les transports en commun seraient inutilisables, ce qui implique que dans les villes où la circulation des automobiles particulières a été drastiquement entravée, le problème des transports individuels se posera. Le maintien des malades à domicile sera inévitable en raison du nombre limité des lits d’hôpitaux. L’hôpital public pourrait-il d’ailleurs faire face à un afflux massif de patients qu’il serait impossible de maintenir à leur domicile? Mais le pire n’est jamais certain.

On peut saluer en France, l’existence d’un plan gouvernemental de lutte contre la pandémie grippale d'origine aviaire et les mesures qui ont été prises (achat massif d’antiviraux et de masques). Le fait que les politiques français aient communiqué sur ce sujet est assez inhabituel en présence d’un dossier sanitaire difficile. L’information du public a eu pour conséquence la réduction de la consommation de volailles, réaction totalement irrationnelle. Il faut aussi noter que la France dispose d’un potentiel considérable de production de vaccins (Sanofi-Aventis-Pasteur), dont plus de la moitié est exportée.

Beaucoup d’incertitudes existent concernant l’éventualité de l’émergence d’une pandémie grippale. Ce que l’on redoute le plus, c’est la production d’un virus recombinant, résultat du mélange de fragments de génomes de virus humains et aviaires (L’adaptation à l’homme d’un virus strictement aviaire ne pourrait pas s’effectuer rapidement). Il n’a pas été observé que le porc était particulièrement réceptif au virus A(H5N1) ni que l’homme pouvait l’être en dehors de conditions de promiscuité très sévères. La maladie se transmet des oiseaux à l’homme ; elle est même fréquemment mortelle. Cependant, on n’a pas encore observé de transmission interhumaine avérée, ce qui ne permet pas de supposer qu’elle n’aura pas lieu. Quant à la virulence et au degré de transmissibilité de l’éventuel futur virus, la question reste ouverte. Mais le pire n’est jamais certain.

Mais revenons sur le cas du SRAS. Entre les premiers cas décelés en automne 2002 près de Canton et l’alerte lancée au printemps 2003 par l’OMS, plusieurs mois se sont écoulés sans que les autorités chinoises aient réagi. Il est vrai que les symptômes respiratoires observés n’orientaient pas vers un agent causal précis. Si ce dernier avait été aussi transmissible que le virus de la grippe, les quelques mois de répit qui lui ont été involontairement accordés pour s’implanter dans la population chinoise auraient permis à une pandémie extrêmement meurtrière de se développer. On a donc bien frisé la catastrophe.

La pandémie grippale serait-elle inéluctable ? Personne n’est en mesure d’affirmer si et quand elle apparaîtra bien qu’elle semble très possible d’après ce qui précède. Son ampleur pourrait cependant être réduite si des mesures strictes étaient prises au niveau international, et notamment dans les pays asiatiques, là où sa probabilité d’émergence est la plus élevée. Certains de ces pays possèdent des infrastructures très fragiles en matière sanitaire. Si un virus grippal nouveau devait apparaître, le moindre retard pour alerter les autorités sanitaires pourrait avoir des conséquences dramatiques pour l’ensemble de l’humanité. Chaque minute comptera. Double.

Claude CHAMPREDON (Directeur de Recherche honoraire de l'INRA)

 

1 Constitué d’ADN ou d’ARN, il contient toute l’information nécessaire à la construction et au fonctionnement d’un être vivant.

2 Acide ribonucléique. Les ARN copient l’information génétique et la traduisent en protéines. Chez certains virus (grippe, ...) l’ARN est à la fois support de l’information génétique et le messager de cette information dans les cellules de l’hôte.
 
3 Ce groupe comprend essentiellement les virus des différentes grippes.

4 Acide désoxyribonucléique. C’est le support de l’information génétique.

5 Protéine de surface qui permet au virus de pénétrer à l’intérieur des cellules.

6 Protéine de surface qui favorise la libération et la dissémination des particules virales qui se forment à l’intérieur des cellules humaines.

7 Les Coronavirus (en forme de couronne) sont des virus à ARN qui infectent les oiseaux et beaucoup de mammifères, y compris les humains. Ils sont surtout responsables de pathologies respiratoires ou digestives.

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